Lylou Admin


Messages: 2206 Date d'inscription: 14/07/2009 Age: 22 Localisation: Orléans
 | Sujet: [TEXTE] Enfance, adulte, et insouciance Ven 17 Juil - 22:07 | |
| « On passe presque toute sa vie déguisé en adulte. » (M. Corriveau)
Quand on est petit, on aime qu’on nous dise qu’on est un grand. Quand on arrive à faire nos premiers pas, quand on pousse pour la première fois la porte de l’école maternelle caché dans les jupons de maman, quand on avale le contenu de son assiette en entier… Chaque prouesse est une merveilleuse occasion de se faire congratuler et considéré comme un grand garçon ou une grande fille. Et qu’est-ce qu’on est fier !
Et le temps s’écoule, les félicitations pleuvent au moment de l’entrée en CP, « à la grande école » comme on dit, puis au collège où « attention, ça ne rigole plus ! ». Puis les choses changent. Finis les « oulala c’est un grand garçon ce petit bonhomme là » en pinçouillant les joues. On passe aux « maintenant jeune homme, jeune fille, il va falloir prendre tes responsabilités ». Et oui, on grandit et notre place dans ce monde évolue avec nous. « Ca ne rigole plus », et cette fois, c’est bien plus sérieux que lorsqu’on est entré dans la cour de notre petite école primaire.
Mais on aime ça après tout, même si ce n’est pas toujours drôle ou facile. On conserve notre fierté quand on parvient à nos fins, quand on passe son code avec succès, qu’on est diplômé (avec mention, s’il vous plaît !), qu’on obtient son permis (du premier coup c’est encore mieux), quand on finit major de promo, quand on est pris pour notre premier stage qu’on a galéré à trouver, quand on décroche son premier « vrai job », quand on rentre avec son propre trousseau de clés de son premier chez soi à soi…
On se construit, on devient adulte. Mais quand est-on adulte après tout ? On nous met de responsabilité sur le dos au fur et à mesure qu’on avance dans l’âge ; certains disent qu’on est adulte quand on passe le cap de la majorité ; mais est-ce vraiment une question d’âge ? Je ne pense pas, ça relève de la maturité plus qu’autre chose à mon avis, bien qu’il ne s’agisse pas de tout prendre trop au sérieux tout de même ; ce serait une triste vie bien austère qui s’offrirait à nous sinon.
N’empêche que le temps des billes, des coloriages, de la Petite Souris et ses copains le Père Noël et le Lapin de Pâques, le temps de l’insouciance s’éloigne pendant tout ce temps… Aurore Guitry a dit que « devenir adulte, c’est aussi se rendre à l’évidence, lâcher ses rêves d’enfance pour se laisser menotter par la réalité ». Je pense qu’il serait plus juste de dire que notre monde enfant est recouvert peu à peu par toute la réalité du monde qui nous entoure (ce qu’on en côtoie en tout cas). Mais il ne disparaît pas totalement, et c’est tant mieux d’ailleurs. Quoiqu’en disent certains, une part d’enfance reste en nous, et elle est importante. Le rêve reste essentiel, des moments d’insouciance aussi : rire pour un rien, jouer sous la pluie, sous la neige, s’allonger dans l’herbe d’un parc et contempler les nuages en y cherchant des formes, regarder une photo d’un pays lointain et se dire qu’on irait bien y faire un tour, imaginer notre retraite, s’attacher à ses rêves pour essayer qu’ils deviennent réalité dans la mesure du possible… Tout cela nous donne des buts après tout, ou, au moins, nous arrache quelques instants à ce monde dont on a appris qu’il n’était parfois (bien trop souvent sans doute) pas toujours drôle. Il y a déjà tant de chose qui requiert notre plus sérieuse attention ; alors pourquoi reléguer dans un tout petit coin poussiéreux de notre mémoire ce qui peut nous faire nous évader quelques instants ?
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